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« Je me mets en embuscade, je me cache dans un taillis touffu. Elles, à l'heure fixée, brandissent le thyrse pour commencer les Bacchanales. D'une seule voix, elles invoquent Bacchus, le fils de Zeus, Bromios. Toute la montagne est avec elles en proie au délire bachique, aussi les bêtes sauvages. Il n'y a rien qui reste immobile et qui ne coure. Bromios, le premier, crie : Évohé ! Elles se mettent des couronnes de lierre, de chêne, de smilax fleuri. L'une prend un thyrse, en frappe un rocher d'où sort une eau limpide comme la rosée; une autre abaisse sa férule vers le sol et là le dieu fait jaillir une source de vin. Celles qui avaient soif du blanc breuvage, du bout de leurs doigts grattaient la terre et trouvaient des ruisseaux de lait; des thyrses entourés de lierre distillaient des flots de miel sucré. Le sol ruisselle de lait, ruisselle de vin, ruisselle du nectar des abeilles, on dirait que s'élève la fumée de l'encens du Liban. Bacchus, tenant comme une torche, la férule d'où sort la flamme rouge, précipite sa course, stimulant les chœurs vagabonds, les excitant de ses cris, jetant dans l'air sa chevelure voluptueuse.

 

Conduis-moi là, Bromios, Évios, qui préside aux Bacchanales ! Là sont les Grâces, là le Désir. Là les Orgies sont permises aux Bacchantes. »

 

D’après Les Bacchantes d’Euripide

Bacchanale (2017) 

Photographie couleur imprimée sur bâche, 195 x 130 cm

/ La mythologie gréco-romaine désigne les Bacchantes comme les dévotes accompagnatrices de Bacchus, dieu de la vigne, des sucs vitaux et de la fête. En proie au délire bachique, elles s’agitent ça et là, dansant et chantant hystériquement en signe de glorification du dieu. Camouflées au sein de la forêt, ces nymphes célébraient les mystères bacchiaques en poussant frénétiquement le cri Évohé, succombant même à la fièvre extatique lors de rites orgiaques.

 

Ces Bacchanales se rapportent autant à une prétendue hypersexualité féminine qu’à une nymphomanie symbolique de l’espace naturel. Ici, la photographie cherche à réitérer cette sexualisation énigmatique et charnelle de la Nature, par la superposition de l’image pornographique d’une partouze lesbienne sur un bosquet arborescent. 

© Nicolas GRAFF, 2018